Cathédrale Saint-Maclou : Pontoise (95)


Chers amis, bonjour,

Comment allez-vous ? Cet été 2022, pour nombre d’entre vous s’évader quelques instants n’est simplement pas possible alors que le plaisir de voyager est en tous.
Je vous propose donc un nouveau voyage sans bouger de chez vous. Nous nous sommes déjà rendus dans plusieurs cathédrales, aujourd’hui vous êtes invités à découvrir Saint Maclou, cathédrale de Pontoise (95). Vous avez le temps d’acheter votre billet sans rien dépenser, de vous installer confortablement pour goûter le voyage -qui est tout autre chose que se déplacer d’un endroit à un autre, le temps d’entre les deux comptant pour rien.

Quand la lumière baisse, les heures paressent, s’étirent, aussi ai-je voulu, pour vous qui restez chez vous, que, cette fois-ci au moins, le voyage dure plus longtemps. Il ne vous sera donc pas épargné des variations, un peu à la manière de Claude Monet.
Sans bousculade, prêts à partir ? Alors en route.

Un matin comme les autres, tout neuf ! Déjà chaud ! Ciel d’un bleu sans partage, soleil enthousiaste. Le vent est parti jouer ses jeux en d’autres contrées.
Le train n’oublie aucune gare et pour finir, traverse l’Oise (sur un pont ! Le train, pas la rivière… !). Lumière crue. Je suis en ville basse. Pontoise ne manque pas de reliefs, et pas très loin, la cathédrale sur une hauteur m’invite par une rue en pente suivie de plusieurs volées d’escaliers. En haut, après une pause, me dire que ça valait la peine : une vue sur les toits ne laisse jamais indifférent, vous le savez, tandis que des murs tentent de préserver le secret des jardins. Je me sens l’œil délicieusement indiscret !

Saint Maclou ne vous est peut-être pas un saint familier. Son histoire est liée à la Bretagne à laquelle il donna son identité. Évêque, il mourut en première moitié du VII è s. En France comme en Belgique lui sont dédiées de très belles églises.

Dans ma grimpette, le bourdon n’a cessé de m’accompagner, égrenant sa note longue et basse. Un enterrement s’achève. Des gens en pleurs, tout de noir vêtus, remontent lentement la nef. Le prêtre, sorti lui aussi, ne quitte pas le parvis, le bourdon ne cesse pas, un autre enterrement fera bientôt suite.

C’est un matin de larmes.

A l’intérieur, dans le chœur, l’encens s’élève avec des lenteurs bleutées et rondes, comme appesanti de toutes les peines humaines qu’il porte avec soin dans les hauteurs. Dans ces instants, je sens, et je m’y prête, que mes images feront écho aux bouleversements des cœurs. Pas de perspectives ordonnées, mais des colonnes qui basculent et se contrebutent, à l’image de ces personnes en peine penchées les unes sur l’épaule des autres. Comme une divine nuée, une belle et mystérieuse lumière emplit le lieu de prière. Mon travail épouse ce temps, je suis dans ce temps. La Genèse en son tout début me vient à l’esprit (Gn 1,1). On n’y voit pas Dieu lutter contre le Chaos primordial, bien au contraire. Dans une étreinte amoureuse l’Esprit le prend dans l’ombre de sa puissance et le féconde. Le prêtre chante et prie : Ps 27 (26) 1-2. Arrivé à la chapelle Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, caché à toute vue, j’accompagne le prêtre en seconde voix, simplement parce que c’est beau et que la beauté console.

Puis, progressivement, mon travail se fait plus ordonné, des chaises brûlent d’une présence invisible : ne seraient-ce pas des anges qui se tiennent là ?

La cathédrale se vide, le bourdon a une douceur insoupçonnée.
Nous avons de la chance. L’organiste va travailler quelques pièces. La rosace est noyée dans un bleu exalté par la lumière chaude dans l’orgue.

Dans le chœur, Saint Maclou nous salue.

Le gothique flamboyant (dit ainsi par la taille des pierres en courbes qui jouent comme des flammes) domine et fait écrin au Roman bien présent dans des chapiteaux côté Nord tandis que la Renaissance est la note finale de l’ensemble intérieur côté Sud, deux faces de la cathédrale qui en disent long de son histoire que racontent brièvement quelques vues en extérieur.

Une mise au tombeau de facture classique (XVI s), remarquable, propose en une seule vision l’ensevelissement du Christ et, au registre supérieur, sa résurrection. Sur le côté, presque arrivées au tombeau, des femmes arrivent au petit matin pour embaumer le corps de Jésus. Cet ensemble est rare.

Chacun rentre quand il veut : comme une grâce, il y aura toujours un train à votre heure !
Je vous embrasse et vous bénis.

Retour en haut