Église Saint-Eustache : Paris 1er


Chers amis voyageurs, en ses tout débuts, 2020, Voyager sans bouger de chez soi passait brièvement par quelques églises parisiennes. La méchante politique du moment défigurant jusqu’à l’intérieur des églises ne permettait que quelques images et il était dans l’ordre des choses de se remettre à l’ouvrage. Le fruit d’hier était promesse pour aujourd’hui, alors, si vous le voulez, l’heure est venue que, selon la tradition, vous achetiez votre billet sans dépenser d’argent (pour rappel : Is 55,1 et sv).

Installez-vous, le train pour La Défense nous amène au métro qui traverse Paris d’Ouest en Est : nous prendrons pied sur le pavé parisien à la station Louvre-Rivoli. A peu de distance, toujours vers l’est, nous prenons sur notre gauche une petite rue qui pique droit vers les Halles, nous ménageant une belle perspective sur l’église, but de notre expédition, magnifique, toute blanche dans le soleil qui sans bruit, a déchiré le gris mou du matin derrière lequel le ciel préparait son bleu.

Encore traverser un jardin mal tenu, sans esprit, avant de pousser la porte de l’église, grand vaisseau, 3ème plus grande église de Paris après Notre-Dame et Saint Sulpice. Sa construction commence en 1532 sous François 1er, pour être consacrée en 1637.

Entrons maintenant, et pour ceux qui le veulent, signons-nous d’un beau signe de croix avant de nous laisser captiver par le décor. Pour tous, sentir un doux silence nous emplir en même temps qu’il nous enveloppe.

L’originalité de l’église, son élégance, son architecture harmonieuse tient en ce que le choix fut fait qu’en pleine période Renaissance elle soit bâtie dans le style gothique, de plus, mariant le plein-cintre de l’architecture romane avec la croisée d’ogives qui, avec les arcs-boutants vont permettre une belle hauteur sous voûte, ici, d’un peu plus de 33m. La nef est flanquée de double-collatéraux et le transept n’est pas saillant. L’ornementation renaissance ajoute une touche de fantaisie gracieuse, les gargouilles sont jolies, il se dégage une impression de légèreté qui ravit l’âme et enchante les regards : le visible nous porte et nous entraîne au-delà de lui-même, nous percevons qu’une église est bien plus qu’un bâtiment et ne se compare à aucun autre édifice.

Tout de l’église nous rend sensible la foi des bâtisseurs, ardente, entreprenante, comme Charles Péguy la poétise (La Tapisserie de Notre Dame). Architectes, tailleurs de pierre, sculpteurs, charpentiers et aussi tâcherons, portefaix, petites gens, tous par leur art et leur labeur célébraient la gloire de Dieu.

Et les pierres se souviennent. Les murs, les piliers aux chapiteaux peuplés d’anges portent haut les voûtes et nous avec elles. On se sent bien, comme si le ciel était proche de nous. On se sent bien d’être au cœur de la beauté aussi douce que le miel, suave comme la paix qui en émane : l’Esprit d’amour n’a pas de frontière, ni dans l’espace ni dans le temps. Par l’église, signe vivant de l’Église, l’Esprit nous donne la grâce de vivre la communion des saints. On s’en sent bien, en lien avec nos racines, nos regards portent loin devant, en nous se lève la joie de la promesse du Salut reçue au long de notre visite.

Attardez-vous, prenez le temps d’écouter ce que le lieu éveille en vous, ce qu’il suscite en vous. Vivre cette harmonie venue d’en-haut et en être unifié en tout notre être. Puis, restés chez vous le temps de ce voyage, demeurer dans la grâce reçue au long de cette visite.

Vous aurez pu durer avec plusieurs œuvres dans cette église qui en compte beaucoup d’autres, notamment dans les chapelles latérales, ce qui les rend difficiles à restituer.

Par exemple, au tombeau de Colbert, baron de Seignelay et de Sceaux, homme d’état français, mort en 1683, inhumé dans l’église dont il était paroissien. Son épouse, Marie Charron, confia aux sculpteurs Antoine Coysevox et Jean-Baptiste Tuby la réalisation du monument funéraire de son défunt mari d’après un carton de Charles Le Brun. Le sarcophage est flanqué des statues assises, à gauche, de La Fidélité (par Coysevox), et à droite, de La Foi ou l’Abondance (par Tuby).

La chapelle absidiale en cul-de-four, à la voûte nervurée, de la Vierge à l’Enfant. Très belle sculpture de Pigalle, elle-même surmontée de La Vierge triomphante adorée par les Anges, fresque centrale de Thomas Couture. Du même artiste : à gauche, La Vierge, étoile des marins, à droite, La Vierge, consolatrice des affligés (détail).

Le grand orgue, sans doute le plus grand de France, d’une sonorité exceptionnelle, possède 101 jeux, 8000 tuyaux sur 147 rangs, cinq claviers et un pédalier. Jean Guillou, mort en 2019, interprète, compositeur, improvisateur, grand et magnifique artiste, en fut titulaire de 1963 à 2014, année où il fut titré Titulaire émérite. Rare, l’orgue possède une seconde console mobile qui permet à l’organiste de jouer dans la nef.

Qu’un chant de joie en vos cœurs vous accompagne sur votre chemin de retour.

A bientôt.

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