Château en chantier : Chevreuse (78)
Bel exemple de château fort du XI/XIIe s parvenu jusqu’à nous parce que construit en pierre, il a ainsi échappé à la destruction par le feu comme bien d’autres en bois lors de guerres seigneuriales.
Franchir le pont levis est un moment fort. En fait nous franchissons deux seuils. Le premier, peu commun, permet de jeter un regard sur les douves à l’eau croupissante, le second qui nous ramène sans transition et sans à-coups de notre 21è s au contact d’une riche histoire passée, particulièrement du XVe au XVIIe s, la plus immédiatement visible alors que pivotant sur nous-mêmes, nous embrassons du regard le décor dans lequel nous venons de pénétrer.
La tentation première est d’aller droit aux remparts d’où la vue sur la ville de Chevreuse et la vallée de l’Yvette 80m plus bas est vraiment belle. De l’extérieur et d’en bas, les mâchicoulis leur font belle allure. D’utiles à leur mise en œuvre, ils ne manquent pas d’effet esthétique aujourd’hui.
Le donjon, presque rectangulaire, aux murs épais, jusqu’à 2m, dont les contreforts accentuent l’impression de puissance, s’élève à presque 20m au-dessus du sol.
L’ensemble fut agrandi et rendu plus habitable du XIe au XVe s par les seigneurs de Chevreuse. Il y avait dans la cour une modeste chapelle placée sous le patronage de Sainte Madeleine, laquelle fut démolie lors de travaux de restauration et de modification des bâtiments, ensuite de quoi le château finit par être appelé Château de la Madeleine.
Déjà, cette grande et sainte figure biblique éveille notre esprit et nous sensibilise à d’autres figures historiques comme, au XVIIe s, celle de Madame Marie-Aimée de Rohan alors que Louis XIII est roi de France et que Richelieu gouverne le pays. Mariée au duc de Luynes, comtesse de Chevreuse, belle, intrigante, elle occupa aussi bien le champ du désir amoureux que celui de la politique. Amie de la reine, Anne d’Autriche, nous la suivons dans l’histoire romancée des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, sauvant l’honneur de la reine dans l’affaire des ferrets, sortes d’agrafes traitées en parure. Sans aménité à l’endroit de la reine, Richelieu gardait les sourcils froncés en direction de Madame de Rohan.
Nous ne pouvons manquer Jean Racine. Jeune étudiant à l’abbaye de Port Royal, il eut pour ami Louis-Charles d’Albert, duc de Luynes. Son oncle, intendant de la duchesse de Chevreuse, le chargea de surveiller des travaux de restauration au château en 1661, consistant, entre autres, à supprimer le pont levis, lequel fut reconstruit lors de sa dernière restauration au XXe s !
Aujourd’hui, le Conseil Départemental des Yvelines est le propriétaire des lieux. En 1994 fut engagée la restauration de cette forteresse qui, en son époque, contrôlait l’axe commercial principal entre Paris et Chartres. J’entrepris d’obtenir le sésame préfectoral pour me rendre sur le chantier que je quitterai avant qu’il ne soit achevé, appelé à d’autres nécessités.
Je me suis laissé inspirer par les ambiances de chantier, bien accueilli par le responsable qui avait toute autorité sur le déroulement des ouvrages, des compagnons, tailleurs de pierre ou simples maçons, électriciens déroulant leurs câbles, s’agissant que je ne m’y prenne pas les pieds, bref, j’étais autant que possible au plus près pour dire en quelques images et exprimer ce qu’un chantier, pour moi, avait d’humain, d’esthétique, de mystérieux pour l’ignorant que j’étais, confronté à une nouvelle expérience.
A un endroit, à telle heure, tout est immobile, silencieux, désert, brouettes inutiles retournées. Pas bien loin, fin de journée, un grand feu est allumé avec de gros débris de bois. C’est l’heure de la rêverie complice de l’histoire : nous sommes en…, le château fort est attaqué ! Les flammes s’élèvent contre une tour… A demain ?