Église Saint-Germain-l’Auxerrois : Paris 1er


Le moment est venu, vous vous dites l’un à l’autre :
« Vois, l’hiver s’en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies.
Sur la terre apparaissent les fleurs, le temps des chansons est venu et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes. » (Ct 2, 11-12).

Le train est à quai, toute la place est pour vous, installez-vous confortablement. Terminus La Défense, pour le train, pas pour vous ! Métro ligne 1, quatorze stations plus loin, nous descendrons à Louvre Rivoli : l’église Saint Germain l’Auxerrois, but de notre voyage, est maintenant toute proche.

Cette église a une longue histoire. Elle a succédé à quatre églises dont, à l’origine, celle qui fut, au Ve s, le lieu de rencontre de Saint Germain, évêque d’Auxerre, avec Sainte Geneviève, sainte Patronne de Paris. Saint Landry, 5ème Évêque de Paris, joua aussi un rôle primordial dans la fondation de la paroisse. Toute proche du Louvre, les rois de France comptaient parmi ses paroissiens. On peut encore voir les draperies du baldaquin ornées de fleurs de lys où se tenaient le roi et la reine et leur famille ainsi que les seigneurs durant les offices.

Arrêtons-nous un instant avant de pénétrer dans l’église. Telle que nous la voyons aujourd’hui, elle est le fruit de trois siècles, du XIII au XVIe s, de plusieurs agrandissements grâce aux générosités des paroissiens : leurs dons étaient gérés par des laïcs : les marguilliers. Elle concilie, en elle, plusieurs styles architecturaux, principalement roman et gothique flamboyant.
C’est une église-porche, rare exemple à Paris. Le porche avait plusieurs fonctions dont permettre de tenir d’autres cérémonies que liturgiques en étant à l’abri. Également, les non-baptisés pouvaient aussi assister -et non participer- à la messe depuis le porche. Passé à l’intérieur de l’église, le porche devient narthex, symbolisant le passage des ténèbres à la Lumière, ou encore le passage de la vie temporelle à la vie éternelle.
Le porche à l’ornementation gothique date du début du XIIIe s. Le tympan du portail central a perdu son Jugement dernier début XVIIIe s auquel répondent les voussures joliment ornementées des trois archivoltes. Ici, détail amusant, enfin pas trop, des démons font bouillir des damnés par exemple.
Sur le trumeau est adossée une Vierge à l’Enfant : c’est elle qui nous accueille.

Notre visite va se dérouler selon l’ordre que vous inspirera la contemplation. Quelques repères historiques vous permettront d’être en communion avec ces artistes et architectes d’hier que leur foi en un Dieu infiniment aimable a éclairé et vous communierez, toujours selon l’ordre du moment, aux merveilles que fait aujourd’hui comme hier le Seigneur avec et pour les hommes.
Vous pourrez vous arrêter, prendre le temps pour goûter ce qui vous vient intérieurement et vous laisser émerveiller.

Contempler et s’émerveiller. C’est un chemin que vous pourrez faire avec des haltes qui seront des temps de grâce pour, peut-être, une rencontre avec Dieu, pour vous laisser habiter de sa grâce.
Vous ne vous inquièterez pas de l’heure du train, il est à votre service.

Plusieurs haltes possibles se proposent, comme à la chapelle de la Vierge, le Christ couronnant Marie Sa mère, ou devant une très belle pietà en marbre blanc que gagne le bleu de la nuit, non pas la nuit de la mort mais celle qui se prépare à être le berceau du matin de la Résurrection. Ailleurs, un retable flamand finement sculpté du XVe s. Taillé dans un bois d’ébène très noir, j’en ai obtenu une bien belle vision. A chacune de ces haltes il vous suffira de vous laisser porter. La nef trace le chemin de paix pour le cœur et l’esprit. Pélerinant, vous rencontrerez à plusieurs moments un Christ crucifié, comme hier, mais aujourd’hui sans d’autre croix que Son amour pour tous les hommes. Appuyé contre un pilier, Il semble embrasser dans le même geste unifiant le ciel et la terre. Par Lui et avec Lui, si vous tendez l’oreille, selon le désir de votre âme et son goût, vous entendrez, pourquoi pas, les grandes orgues dans une « Marche » d’Alfred Lefébure-Wély ou un « Allegro » de Charles-Marie Widor ou encore un chœur d’anges. Peut-être entendrez-vous chanter le roi David s’accompagnant de sa lyre, trônant sur la colonne centrale de l’orgue.

Suivront quelques clins d’œil en extérieur.

Commençons par les quelques étapes intérieures suggérées qui peuvent se joindre à celles que vous vous trouverez.

-Vous entrez dans la chapelle de la Vierge. La décoration de la voûte date du XIXe s, comme la belle fresque murale du couronnement de la Vierge que l’on doit à Eugène Amaury-Duval (1808-1855). Un bel Arbre de Jessé (voir Mt 1, 1-16) dessiné par Viollet-le-Duc (1814-1879) avec les rois de Juda enveloppés dans un sarment de vigne riche de feuilles et de pampres. Au centre, sous un dais, une Vierge à l’Enfant, école champenoise, XIVe s.
Être là dans la fête en l’honneur de Marie couronnée Reine du Ciel par son Fils (en d’autres épisodes nous l’avons vue couronnée par son Fils et Dieu le Père). Entrer dans la fête merveilleuse de chants et de lumière, en être contemporains. S’émerveiller de la beauté de la fête, rester jusqu’à ne plus désirer que cela, qu’elle ne finisse jamais. Contempler, goûter, s’émerveiller, et adorer.

-Le Christ en bois est là, adossé à un pilier. Ce n’est peut-être pas un hasard qu’il soit là, lui qui porte le monde, l’univers entier. Ses bras, en un geste large qui ne retient rien pour lui mais traduit la plénitude du don qu’Il fait de lui uni au monde et à son Père. Se laisser prendre dans ce mouvement d’élévation vers le Ciel, quitter ce lieu puis y revenir au hasard de votre cheminement, s’abandonner tout simplement à ce divin Fils qui nous ouvre son royaume en nous donnant sa vie.

-Ici, Marie reçoit son Fils qui vient d’être décloué de sur la croix. Douloureuse, digne, le corps mort de son enfant pèse sur ses genoux de tout le poids de son sacrifice. Marie a tellement éprouvé ce poids en son cœur. Dans la mort et au-delà de la mort l’amour unit la Mère et le Fils plus que jamais. Dans un consentement sans ombre, sans ride et sans tache à la volonté de son Fils, elle le chérit dans une pure tendresse et dans les larmes, elle embrasse dans une infinie reconnaissance son Fils qui par sa mort lui donne déjà d’être Mère très aimante d’une multitude. Elle ôte avec précaution la couronne d’épines de sa tête, délicatement, comme pour ne pas le blesser plus. À ses yeux et dans son cœur, plus que jamais son Fils est roi, le Roi d’amour vainqueur de la mort et de nos péchés. Dans peu sera le temps du sabbat, la nuit déjà étend son voile bleu. Le temps n’est pas aboli, mais quand même, rester encore avec Marie, lui dire merci pour son oui à la parole de l’archange Gabriel, se pencher avec elle sur le mystère d’amour de notre salut.

-Nous voilà face à un retable étonnamment beau, finement sculpté. Comme il se faisait dans les écoles flamandes, chaque scène est taillée par plans séparés puis installés pour créer de la profondeur et donner du relief à la scène.
Il y a un registre inférieur et un supérieur. Je ne peux traiter les panneaux du bas protégés par des vitres, aucune polarisation ne pouvant en supprimer les reflets. Je travaille donc sur ceux du dessus et voilà qu’à mon émerveillement les tableaux se révèlent de façon inattendue dans une grande beauté, sans doute pour que vous puissiez suivre le Christ dans sa Passion et sa crucifixion. Marie, le cœur transpercé d’un glaive de douleur, s’effondre. Temps de la contemplation et plus, de la communion et la compassion. Dans le tumulte et l’agitation de ces heures de marche de Jésus vers sa mort, faire silence en soi et marcher avec lui. Dans nos vies, s’il arrive que tout devienne sombre, le retrouver là et voir en nos cœurs qu’il est avec nous, à nos côtés portant en lui nos souffrances.

Maintenant, allons dehors pour quelques clins d’œil extérieurs. De l’autre côté de la rue de l’Arbre sec, derrière l’église, il y a la Samaritaine, célèbre grand magasin parisien. Ouvre à 10h. Je décide de photographier depuis un étage donnant sur le chevet de l’église et j’attends l’ouverture des portes. Un agent de sécurité m’invite à contourner l’immeuble et à gagner l’entrée par une autre rue. Soit, je vais, tourne sur ma gauche et une entrée se présente que, sans plus d’attention, je trouve convenable pour un grand magasin, en plus d’être proche de là d’où je viens. Un gardien stylé, en habit marron clair m’arrête : veut-il contrôler mon fourre-tout ? Mais non. À ce que je lui raconte, il m’explique que là n’est pas l’entrée de la Samaritaine mais celle d’un grand hôtel : le Cheval Blanc, cinq étoiles ! Il est temps que je me réveille ! il m’indique aimablement le chemin et enfin, j’arrive à bon port. Pas pour longtemps car la sécurité juge que mon appareil est trop pro et n’accède pas à ma demande. « Si vous aviez un petit appareil, ce serait différent, mais là, non, telle est la règle » ! Je dois bien admettre mon échec et renoncer à mon entreprise. Mais non, je ne renonce pas, je pense à vous, chers voyageurs et plus tard, revenu chez moi, je me ravise, et en quelques coups de fils les obstacles sautent : que je vienne, je serai bienvenu ! Alléluia ! Revenu, je joue avec des reflets de l’église dans les fenêtres du magasin, sa façade joliment rétro, puis, passé à l’intérieur, je suis accueilli à chaque étage que je choisi pour voir l’église autrement, tutoyer les gargouilles, jouer avec les perspectives, les culées des arcs-boutants ornées de pinacles à crochets rythmant l’espace visuel, bref, goûter le plaisir de prendre de la hauteur. Autant d’occasions de faire d’agréables rencontres, autant d’hôtesses charmantes avec leur badge « Samaritaine » qui m’accueillent.

A ma question en forme de sourire, « Ainsi vous vous appelez Samaritaine ? ». Elles me répondent : « On s’appelle toutes Samaritaine ! ».
Ah, que le puits de Jacob, lieu de la divine rencontre et du dialogue si bouleversant de Dieu avec la femme, l’âme assoiffée, alors que la Lumière à son apogée éclaire le puits de sa vie jusqu’en ses profondeurs secrètes ne soit jamais asséché, que la source de la Vie ne tarisse jamais, pour vous, pour tous. (Jn, 4, 5-26).

Et que votre joie soit parfaite.

Je les bénis et je les quitte.

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