Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption et Saint Vaast : Arras (62)
Chers amis voyageurs,
Nous allons prendre le large, nous extirper de la banlieue parisienne et traverser bien des campagnes pour prendre pied dans la capitale de l’Artois : Arras. Là nous attend une cathédrale surprenante, un peu imposante, placée sous le double patronage de Notre-Dame-de-l ’Assomption et de saint Vaast.
Si la première, Marie dans son enlèvement au Ciel est bien présente à nos cœurs, le second, saint Vaast peut nous être inconnu : tout le monde n’est pas né à Arras !
Saint Vaast était prêtre à Toul où Clovis fit étape, au retour de sa victoire sur las Alamans à Tolbiac, près de Cologne. En la circonstance, il avait vœu de se convertir au christianisme et saint Vaast, recommandé par l’évêque Saint Rémi, catéchisa le roi des Francs qui fut baptisé à Reims par l’évêque Rémi assisté de Saint Vaast. Nous sommes au Ve s ou tout début VIe s.
Saint Rémi installa saint Vaast évêque d’Arras qui évangélisa toute la région. Il fit de même une fois évêque de Cambrai. Saint Vaast est mort à Arras en 540, de nombreuses églises en Bretagne, Normandie et Nord lui sont dédiées. De nombreux miracles ont émaillé sa vie de Pasteur.
La cathédrale actuelle fit suite à une première, gothique, très belle (XIIIe s), mais à laquelle la Révolution fut fatale. En 1804, l’abbatiale Saint Vaast fut choisie comme nouvelle cathédrale : c’est là que nous nous rendons.
D’où que vous partiez, tous les trains mènent à Arras ! Chef-lieu du Pas-de-Calais quand même ! Vous avez fait un long parcours ? Pas de souci, une restauration vous attend entre gare et cathédrale : une baraque à frites est toute proche et une bonne bière vous désaltèrera autant que soif le demande.
Forces reprises, nous descendrons jusqu’à la cathédrale au long de rues affichant des immeubles aux belles façades style Art déco qui nous disposent pour aller plus loin en ne nous arrêtant plus à des façades comme surfaces mais pour pénétrer au cœur même du beau avec lequel nous ne craindrons pas d’être exigeant, c’est-à-dire oser croire comme Sainte Hildegarde de Bingen que la beauté est un chemin menant à Dieu.
Et sans doute en premier lieu, une exigence tournée vers nous-même : nous sommes dans un monde d’obscurité croissante qui altère les consciences et trouble les facultés de jugement. Le beau nous propose un chemin différent afin de répondre à « la création qui attend avec impatience des fils de Dieu la révélation de Sa gloire » (cf Rm 8, 18-19).
Nous ne sommes pas nus sur ce chemin. En entrant dans la cathédrale, nous sommes revêtus de lumière, et de joie dans nos cœurs.
La majesté du lieu n’est pas pour nous faire ressentir notre petitesse mais elle est manière très douce de la saluer et l’honorer. L’émerveillement qui nous saisit en est la manifestation, la juste expression. C’est le Christ qui nous reçoit.
La cathédrale est un grand vaisseau (116m) de style classique qui prévalu aux XVIII et XIXe s, retour à l’esthétique de l’Antiquité grecque qui, ici, se traduit admirablement par des lignes épurées, des volumes harmonieux, art associé au gothique primitif qui assure légèreté et luminosité : les arcs boutants et les fenêtres hautes de verre blanc vont permettre une belle hauteur sous-voûte (32m) et de déverser une abondante luminosité à l’intérieur. Saint Vaast, église abbatiale inachevée fin XVIIIe s, fut donnée comme nouvelle cathédrale à la ville d’Arras par Napoléon Bonaparte en 1804. Sa construction fut menée à son terme selon les plans de son architecte, Pierre Contant d’Ivry qui a aussi conçu l’église la Madeleine à Paris.
La façade à deux niveaux corinthiens, est un peu austère : peut-être une invitation aux pèlerins que nous sommes à abandonner à Celui qui nous invite à lui déposer nos fardeaux pour une sainte disponibilité à sa présence en franchissant le seuil ?
Effectivement, à l’intérieur, nous nous sentons au large. Un souffle nouveau, apaisant nous emplit tout entier, ne nous sentons-nous pas appelés à l’infini ? À quelque chose d’inouï qui nous ravit, dans tous les sens du terme ? Tout ici est vaste sans nous perdre, haut sans nous dominer, puissant sans nous écraser, lumineux sans nous éblouir. L’arrondi adoucit les colonnes aux chapiteaux corinthiens qui séparent la nef des collatéraux. Elles soutiennent l’entablement saillant qui court sur tout le périmètre intérieur de l’édifice et supporte le poids de la voûte sans distance entre l’un, qui pourrait symboliser le terrestre, et l’autre qui symbolise le céleste. Sans qu’il y ait de distance entre eux.
Le Fini touche à l’Infini, sans distance entre eux deux. Que nous dit Dieu quand Il nous enseigne que ses chemins ne sont pas les nôtres, ses pensées sont au-dessus des nôtres ? (cf Is 55, 8-9). Nous avons ici de quoi comprendre qu’Il nous donne toute assurance que nous pouvons nous reposer sur Lui ? Qu’Il est moins question de distance, qui serait irréductible, que de nature, et que nous pouvons avoir toute confiance en Lui ? Mais pour que nous l’entendions, il faudra quand même le prophète exactement là, dans cette non-distance.
Le déambulatoire est percé d’oculi qui, par leur douce lumière, nous gardent éveillés à la grâce en notre temps de visite.
La cathédrale possède en ses bas-côtés, nord et sud, chacun quatre sculptures en marbre de saints, qui étaient destinées à l’église sainte Geneviève à Paris. Cette église devenue le Panthéon, c’est la cathédrale d’Arras qui les reçut et leur donna abri.
Il s’agit, côté sud de la nef de : Saint Grégoire de Tours, Saint Bernard, Saint Germain et sainte Geneviève, encore jeune quand Saint Germain l’instruit de la parole et de l’amour du Christ, Saint Jean de Matha (XIIe s), fondateur avec Félix de Valois de l’ordre des Trinitaires fondé pour le rachat des esclaves de toutes races illustrant avec force l’amour de Dieu pour tous les affligés, Dieu qui désire tant l’homme libre.
Côté nord : Saint Grégoire de Tours, Saint Rémi reconnaissable à la fiole qu’il élève contenant l’huile dont il oindra Clovis selon la tradition davidique (1 Sm 16, 13), Saint Bernard, Saint Jean de Matha, fondateur avec Félix de Valois de l’ordre des Trinitaires pour le rachat des esclaves de toutes races, illustrant la sollicitude de Dieu pour tous les hommes et sa volonté qu’ils soient libres.
La chapelle de la Vierge nous retient autant que nous y consentons pour admirer la coupole peinte par Henri Justin Marret (XIX-XXe s), très belle fresque illustrant plusieurs temps de la vie de la Vierge Marie, avec au point le plus élevé son Assomption. La cathédrale lui est dédiée comme à Saint Vaast.
Nous sommes bien gardés, à droite et à gauche par tous ces saints, et merveille, par Marie qui, située dans l’axe, nous garde dans la bonne direction. Il n’y a pas de distance entre terre et ciel, entre le Fini et l’Infini, Dieu et l’homme, mais il y a des intermédiaires, témoins que Dieu nous attend, nous espère.
Persévérance, espérance, confiance, voilà ce que nous pouvons emporter avec nous de cette visite une fois repris le chemin du retour, que ce soit notre trésor, pour les jours calmes comme aux jours de tempête.
Le train, c’est quand on veut ; en clin d’œil, une dernière frite vous attend, pour le sourire et la gourmandise, mais chut : on ne dit rien à personne !
A bientôt.