Cathédrale Saint-Étienne : Meaux (77)
Chers amis voyageurs, demain, lever tôt, une belle aventure nous attend au terme d’une longue balade. Une fois en route, la nuit calme nous baignera de son léger mystère. Çà et là se feront entendre quelques chants d’oiseaux. Vous ne prendrez pas une deuxième paire de sandales ni de monnaie dans vos poches : vous achèterez vos billets sans rien payer.
Un jour nouveau commence, nous voici à la gare, le train est là : temps, espace, tout est pour vous, soyez bienvenus, prenez place, nous partons.
Sous le ciel noir de l’hiver finissant, les villes sont encore en pyjama, tachées de la lumière des lampadaires. Des cheminées montent paresseusement des fumées blanches.
Bientôt Paris. Nous le traverserons du sud au nord par le métro, ligne 4. Moderne, un peu pressé, de Montparnasse nous voici gare du Nord. Il ne s’agit pas de lambiner, les portes claquent dans notre dos, le tunnel avale déjà la rame que nous venons de quitter.
Gare du Nord, monstre labyrinthique, l’aventure commence là : dégotter la voie H ! Nous y sommes. Le train filera plein Est, Meaux est notre but. Là, une grande dame nous attend, la Basilique cathédrale Saint Étienne. Basilique est un titre honorifique octroyé par un pape à une église, une cathédrale, pour son histoire et ce qu’elle porte de valeurs spirituelles comme lieu de pèlerinage par exemple. Ici, la cathédrale de Meaux fut érigée au rang de Basilique mineure par le pape Pie X en juin 1912.
Une journée claire nous accueille. Sur la petite hauteur, au cœur de la vielle ville, nous devinons la cathédrale que les maisons s’évertuent à nous cacher au fil de notre avancée. Enfin, émerveillés, elle s’offre à nos regards, vraiment belle. La rue généreusement évasée fait place à un large parvis. Nous nous arrêtons, le temps ne compte plus : une beauté gothique, splendide et tranquille, captive nos regards ; nos cœurs se dilatent, nous respirons le mystère du lieu.
Si nous entrions ?
Il nous faut gravir des marches. Nous voici au-dessus : de la rue, du bruit, de l’agitation. Par cette première élévation, nous sommes comme ajustés au saint lieu et au Christ qui nous accueille. Et grâce sur grâce, si nous y prêtons attention, ayant gagné en hauteur nous avons aussi gagné en paix intérieure. Entrer dans une église, c’est passer par le Christ : Jésus se donne, lui dont il est écrit : Un enfant nous est né, un fils nous est donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». (Is 9, 5).
En suite de quoi, maintenant à l’intérieur, nous goûtons l’âme du lieu : verticalité, silence, lumière, harmonie, mystère. Mystère qui ne se refuse pas, ne refuse pas mais invite. Une soif se creuse en nous, nous met en mouvement, nous met en chant. Ainsi, dans une chapelle latérale, un haut relief polychrome, nous conte la Visitation (Lc 1, 39-56) et nous nous surprendrions peut-être, unis à Marie, à chanter avec elle son beau cantique : l’Esprit nous porte à la communion.
La cathédrale n’est pas très grande, 85m de long (Amiens 145m) mais d’une belle hauteur : 31m sous voûte, la tour, gothique flamboyant, culmine à 60m. La nef à cinq travées, comme le chœur, est flanquée côté nord et sud d’un double déambulatoire qui devient unique dans l’abside semi circulaire à cinq pans sur laquelle s’ouvrent cinq chapelles donnant un chevet rayonnant. Transept non saillant à deux travées.
En extérieur, la façade occidentale comporte trois portails monumentaux, celui au centre est classiquement consacré au Jugement dernier. Il est surmonté d’un élégant gâble gothique flamboyant avec, plus haut la rosace de même, flamboyante.
La construction de cette cathédrale commence en 1175 et se termine en 1540 soit presque quatre siècles plus tard, quatre siècles de l’histoire de France. Au début du chantier, Philippe II Auguste est roi de France, quelques années après son achèvement ou presque, en 1547, meurt François 1er. De l’un à l’autre roi, il y eut des périodes fécondes avec de nombreux saints et saintes : Saint François d’Assise (†1226), Sainte Claire, (†1253), Saint Bonaventure, Saint Thomas d’Aquin, Saint Antoine de Padoue, ainsi que de grands rois, comme Louis IX, Saint Louis, né et baptisé à Poissy (78), qui avait une conscience élevée de sa charge royale. Le XIIIe s fut le siècle des cathédrales, et pas seulement en France. S’il y eut des temps de paix sociale, il y eut peu après aussi des temps sombres, chaotiques et on comprend qu’à de nombreuses reprises la construction s’interrompit : Guerre de Cent ans, Jacqueries, occupation anglaise. Cependant, au long de ces siècles d’édification, il est remarquable que les architectes successifs aient su conserver une homogénéité de style dans la gamme montante du gothique, du primitif au rayonnant. Elle n’est cependant pas achevée, la tour sud, dite la Tour noire, nous ramène à la réalité de l’histoire.
Dans l’histoire de la ville et sa cathédrale justement, on ne peut pas manquer une de ses figures les plus remarquables en la personne de Jacques-Bénigne Bossuet qui fut évêque de Meaux de 1682 à 1704. Orateur talentueux, écrivain, académicien en 1671, il fut précepteur du Grand Dauphin, fils de louis XIV ; il marqua son époque et toujours aujourd’hui.
Contemporaine de Notre-Dame de Paris, de la cathédrale Saint Denis, la collégiale de Mantes-la-Jolie et bien d’autres, l’art gothique est le fruit de l’art roman, lequel frayait un chemin d’intériorité avec Dieu. A sa suite, dans l’inspiration théologique et artistique de l’abbé Suger, (1081-1151), homme d’état et conseiller des rois Louis VI le Gros et Louis VII le Jeune, le gothique va faire une large part à la Lumière, Dieu source de toute lumière, et concevoir qu’elle se déverse d’en haut en abondance. Il n’y a pas de rupture entre un art et un autre mais continuité : toute église est une parole qui dit Dieu : Miséricorde, Amour Sauveur, Dieu qui donne la vie, Dieu avec nous jusqu’à la fin du monde. (Mt 28, 20).
Nous pouvons nous hasarder à entendre quelque chose de la spiritualité romane dans les Psaumes 42 (41), Psaume 63 (62) par exemple, et des accents de la spiritualité gothique avec le Psaume 104 (103) entre autres.
Un Christ aux outrages est là, seul. L’allée est déserte. Jésus ne pouvait ni ne voulait contraindre les hommes à croire en lui et à l’aimer, car cela, Dieu ne le fait jamais. Il nous laisse la responsabilité de notre « oui ». Il nous laisse libres de notre amour, sans jamais cesser de nous proposer le sien. Et il dépend de nous de boire l’eau vive du bout des lèvres ou de nous y rafraîchir en abondance. A vrai dire, il n’y a pas d’échec du Christ mais des échecs de notre amour. Dieu offre ; ses enfants refusent… mystère de l’endurcissement du peuple… (juillet Jean Lévêque, carme, † 2024 – Magnificat 2026 N°404).
Autant que vous le voulez, faire halte quelques minutes, là, laisser la divine tendresse monter dans nos cœurs de sable et de nuit, quelques minutes de douceur donnée, quelques instants qui seront profonde consolation pour Jésus.
Gracieuse, une Vierge à l’Enfant nous accompagne, dernière note du Ciel avant notre départ. Marie nous sourit, Jésus nous bénit : sa paix soit avec vous, au retour en quittant cette cathédrale, comme à l’aller en y pénétrant (cf Ps 121 (120)).
À bientôt.